Etes-vous enseignant ou animateur?

Faire cours à l’école de musique… Êtes-vous crédible?

par Patrick Ruby

Faire cours ce n’est pas administrer à un public captif un contenu bien préparé ou bien improvisé. C’est bien au-delà, car c’est aussi gérer un groupe et des individualités, exercer une autorité et transmettre des valeurs, prendre en compte les besoins et les objectifs des élèves pour leur permettre de franchir les obstacles présents.

Les micro décisions que nous prenons en permanence, parfois même sans en avoir conscience (reprendre ou pas tel élève qui enfreint la consigne, demander le silence mais continuer sans l’avoir obtenu) renforcent ou affaiblissent davantage  notre crédibilité et notre autorité que des grandes déclarations. 

Etre animateur, la fonction d’animation que semble redouter certains enseignants n’est pas dévalorisante. C’est une qualité très respectable et fort utile pour gérer les groupes d’élèves, pour imposer et faire respecter les micro décisions. Chaque enseignant devrait connaître et maîtriser les techniques d’animation de groupes qui renforceront sa crédibilité, et qui donneront au groupe son équilibre dans le respect de chacun.

D’une façon générale, l’enseignant doit s’interdire toute contradiction, tout décalage entre ses actes et son discours : 

  • il ne peut demander aux élèves d’être ponctuels et lui-même arriver fréquemment avec quelques instants de retard quelles que soient les bonnes raisons de son retard, 
  • il ne peut demander aux élèves d’avoir une tenue et un langage corrects et lui-même avoir une présentation douteuse ou un langage approximatif, 
  • il ne peut interdire l’usage du téléphone portable et lui-même sortir le sien même si ce n’est que pour regarder l’heure, 
  • il ne peut dire qu’il ne tolérera aucun bruit et ne pas intervenir s’il y en a. 

Il doit également se prémunir contre des comportements improductifs voire dévastateurs. Toute réplique cinglante et sans appel (« Ce n’est pas pour moi que vous faites de la musique »), tout humour déplacé (le groupe des « mémères ou des pépères », le groupe des lents), toute mise en cause de l’adolescent ou de sa famille (« Où avez-vous été éduqués ? ») n’a pas sa place dans l’école de musique.

En cas de conflit avec un élève, il est essentiel de ne pas s’engager dans un crescendo infernal qui n’aura très vite plus d’issue. L’enseignant peut toujours se garder une porte de sortie qui lui permettra de trouver une solution. Le fait de ne pas traiter à chaud, le fait d’écrire, constituent souvent un temps de maturation et de distanciation indispensable.

Là encore la compétence d’un animateur sera beaucoup plus efficace que l’intuition plus ou moins bien fondée d’un enseignant musicien. 

Une relation difficile avec un ou une jeune musicien(ne) ne se traite pas avec une remarque désagréable, voire cinglante pour imposer une autorité artificielle. En cas de conflit, les solutions ne s’inventent pas au pied levé dans une salle de cours mais se mettent en place dans le respect des objectifs de chacun et la distance nécessaire pour atteindre l’objectif principal : l’enseignement de la musique et la réussite de la pratique instrumentale.

Les pratiques pédagogiques, les méthodes pédagogiques sont toujours en constante évolution. Il est donc primordial d’ajouter des compétences et des savoir-faire à notre activité. Peu importe si ces nouvelles compétences viennent de l’animation, du professorat ou de l’intuition personnelle. 

Enseigner, transmettre, animer sont des facettes différentes d’une même activité pédagogique dont le but ultime est d’apprendre à pratiquer la musique. 

Photos by Jason Rosewell on Unsplash ;  Felix Koutchinski on Unsplash

——- © 2018 Guitary ——-

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